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BABADI
LA DANSE DES SOURIS


Originaire de Mayotte dans les Comores, Babadi prend un virage roots sur son dernier album, Le Chat et la Souris, et continue de dénoncer les hypocrisies issues d’une situation diplomatique ambiguë. Refusant l’indépendance en 75, le peuple de Mayotte se met en porte-à-faux avec les trois autres îles des Comores et obtient un statut bâtard. Monté étudier en France, Babadi découvre que son île est inconnue auprès des Français. Navigant entre une éducation musulmane, un pedigree africain et une identité française, ce chanteur parvient à établir un équilibre grâce à une forme clarifiée de Rasta. Je vois Rasta comme une revendication de son identité accompagnée d’un désir de vivre celle-ci pleinement. En cela, je suis Rasta … Historiquement détenteurs de la loi à Mayotte, les Caddies (chefs religieux musulmans) font régner la loi coranique tout en jouissant du statut officiel de fonctionnaires français ! Accrochés à leur acquis, ils aboutissent dans une impasse idéologique. Toute ma jeunesse, ils m’ont enseigné que le blanc est le diable. En même temps, dans les manifestations, ils brandissent des banderoles qui disent : On veut rester français ! J’ai voulu mettre cette hypocrisie en lumière. Il a reçu quelques lettres vindicatives à la suite de ses textes. C’était fait pour (rires). Si j’avais pas eu de retours, j’aurais été déçu. En même temps, la vérité est passée. Mes enfants vont aujourd’hui à l’école avec des petits Blancs qu’ils vont traiter de satan à cause de ce que leur a enseigné le Caddie ? On ne peut plus laisser ces gens dire des conneries pareilles. Babadi œuvre donc à la réconciliation des cultures multiples. Les fossés se creusent entre Mayotte et le reste des Comores, ce qui crée du racisme. Il faut réagir pour que nos enfants ne se considèrent pas avec haine dans le futur.
Au milieu des basses considérations humaines, c’est une fois de plus le reggae qui se fait vecteur de la raison.

NATTY DREAD (février mars 2003)





BABADI
LE CHAT ET LA SOURIS


On reste dans l’Océan Indien. Ce monsieur est un vétéran du reggae. Il vient des Comores, ce petit archipel partagé entre terre indépendante (Anjouan) et Mayotte qui est toujours française. Babadi marche dans les traces vocales d’Albert Griffith avec cette saveur typiquement africaine qui le rapprocherait de ses frères Tiken Jah ou Seyni. Un titre, Kaya Survive est dédicacé à Kaya, le chanteur rasta mauricien assassiné après son arrestation dans des circonstances mystérieuses lors d’émeutes du pain il y a deux ans. On sous-estime en métropole cette perte réelle que provoqua la mort de Kaya pour toute la communauté des jeunes de l’Océan Indien. La dénonciation de l’oppression reste présente avec le Code Noir qui évoque les lois racistes qui régissaient l’esclavage. Babadi rappelle cet épisode un peu trop facilement oublié. Le reggae n’a pas fini de voyager.

RAGGA (février 2003)